
Le parc naturel régional du Queyras comprend le pays dont nous venons de parler, le bassin du Guil. Au pied du Viso, dans un cirque grandiose et sauvage dont les crêtes sont frontières, le petit lac Lestio à 2483 m donne naissance à un filet d’eau pure comme le ciel ; vite grossi par la fonte des neiges qui dévale les pentes raides .Les schistes lustrés dominent, mais le paysage n’est pas triste. Bien que gris foncé, les paillettes de mica mélangées à l’ardoise scintillent au soleil. Ces schistes sont d’ailleurs entrecoupés de roches vertes beaucoup plus solides dont sont faits les sommets et que l’on retrouve dans le lit du torrent. Les cols entre 2800 et presque 3000 m. qui permettent d’accéder en Italie sont tous en pente relativement douce du côté français et très raide chez nos voisins. De ce Queyras si profondément enclavé en piémont, on n’a jamais pu y pénétrer qu’à pied ; depuis quelques années seulement, grâce aux techniques modernes, on a ouvert la route du col Agnel à 2746 m carrossable en plein été seulement.
Ce fond de vallée, rude et avalancheux dés la fonte des neiges, se couvre de coussinets roses ou blancs. Ce sont les délicates androsaces, les silènes et les saxifrages si courts et si petits qu’il faut se pencher pour les admirer. Plus bas, au dessus du sentier qui longe le torrent, quelques grands arbres étêtés, isolés, aux troncs tourmentés attirent notre attention. Ce sont des aroles, les seuls des Alpes du Sud, déjà mentionnés par Polybe . C’est un conifère à ramifications irrégulières, probablement immigré avant la dernière glaciation. ‘’Le combat qu’il mène à l’altitude contre les éléments, le mystère qui pèse encore sur ses origines et son étonnante résistance devraient lui donner droit à notre respect et à notre protection partout ou son existence est menacée’’. Ce qui est le cas à cet endroit précis ; deux sont mort, des vandales ayant fait du feu à l’abri des troncs creusés par l’âge. On en trouve aussi quelques une de ces merveilleuses pulsatille mais bleues-mauves rares et si belles que l’on éprouve le besoin de se mettre à genoux pour mieux les admirer. Elles fleurissent pendant peu de temps, une semaine environ, aux alentours de la St Jean. La grande famille des orchidées occupe en Queyras une place de choix, tant par le nombre de ses variétés et l’abondance de ses fleurs que par la rareté de certaines qui, dans les ouvrages spécialisés sont mentionnées comme très rares et ne poussant que dans le Queyras comme l’orchis cruenta. Nous avons déjà mentionné l’astragale vulpin heureusement en expansion tandis que le lys orangé et le panicaut bleu sont à protéger à tout prix, tant ils sont rares. Plus tard ce sont les rhododendrons roses ou blancs. Les pensées bleues, blanches ou jaunes, les myosotis qui tapisseront ces versants. Plus bas en altitude, prés de l’Echalp au pied de la Roche Taillante qui nous domine à 3185 m..dés le mois de mai les tussilages jaune d’or et les crocus blancs ou mauves percent la neige. Les fritillaires du Dauphiné, les lys de Paradis, les gentianes, les trolls et les martagons les remplacent, telle une explosion, l’ouverture d’un véritable feu d’artifice. L’édelweiss, emblème de l’Alpe, à cueillir en petite quantité et avec le plus grand soin ; en effet, cette petite étoile de velours se fait rare parce que poussant à la limite supérieure des alpages, presque dans les rochers, la terre se fait rare, les racines offrent peu de résistance : si l’on tire sur la fleur, on arrache toute la plante. Il en est de même pour les différents génépis. On en trouve trois variétés dans le Queyras, au-dessus de 2000 m. Les trois sont bons pour la liqueur dont voici une recette familiale à réaliser : 40 brins de génépi frais dans un litre d’alcool à fruit à 40°. 40 morceaux de sucre, laissé macérer 40 jours, filtrer et déguster. En plus des deux espèces ci-dessus, on trouve à plus haute altitude, jusqu’à 3400 m le genépi bleu ou du Piémont, plus rare et encore plus parfumé. Parmi les plantes aromatiques, n’oublions pas l’hysope, considérée par les anciens comme véritable panacée qui constitue, l’hiver, une infusion agréable, avec en plus le goût des vacances. C’est une petite plante aux fleurs d’un bleu intense, toutes du même côté de la tige, très mellifère, de la famille des labiées.
Texte tiré du livre à travers le Queyras, de Nicole et Jean LAPEYRE

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